Notice sur la vie de Cicéron

Marcus Tullius Cicéron, né l’an 106 av J.C., à Arpinium (ville du royaume de Naples, dans la terre de Labour ; patrie de Marius ; aujourd’hui Arpino), fut élevé à Rome, avec son frère Quintus, dans la maison de leur oncle maternel C. Aculéo, jurisconsulte fort estimé. On les instruisit dans la langue et la littérature Grecque, et ils prirent des leçons du poète Archias, qui séjournait alors à Rome. Bientôt le mérite naissant de Cicéron fixa l’attention des plus grands orateurs contemporains, de Licinius Crassus, De Marc Antoine l’orateur et de M. Emilius Scaurus, prince du sénat. Il avait composé déjà, presqu’enfant, le poème de Pontius Glaucus, qui se conserva jusqu’au de la du temps de Plutarque. Cicéron continua dans sa jeunesse de se livrer à la poésie et il eut pu y acquérir un grand nom si les circonstances ne l’eussent détourné de cette carrière.
Cicéron brûlait de s’illustrer. Or dans l’état où se trouvait alors la république , les talents oratoires étaient indispensables à la réputation, et le général comme le questeur, le tribun comme l’Edile ne pouvaient négliger l’étude de cet art. Il en était ainsi des connaissances et de la gloire militaires que les citoyens devaient acquérir , avant que de s’occuper des emplois civils. Cicéron fit donc la guère des alliés sous Cn. P.  Strabon, père du grand Pompée, et sous Sylla qui fut ensuite dictateur ; Mais il demeure neutre dans la lutte de ce dernier et de Marius. Ce fut durant ces débats sanglants qu’il se perfectionna dans la rhétorique et dan la philosophie, c’est dans des conseils et des leçons de quelques savants grecs que la guerre de Mithridate avait forcé de se réfugier à Rome. L’académicien Philon, le stoïcien Diodote et le célèbre Molon de Rhodes lui furent d’un grands secours dans les travaux. Cicéron traduisit dans ce temps, en latin, les économiques de Xénophon.
Cicéron plaida pour la première fois au Forum, lorsque Sylla était à la tête du gouvernement de la république. Quelques temps après il défendit publiquement Sextus , accusé d’avoir fait assassiner son père, et attaqua dans cette circonstance, avec un grand courage, les favoris du dictateur Sylla. Il quitta bientôt Rome et l’Italie et alla séjourner à Rhodes (île de la méditerranée, sur les côtes occidentales de l’Asie Mineure ; cette ile est célèbre par sa statue d’Apollon, colosse de 800 pieds de haut, ouvrage de Charès de Lydie. Il employa 12 ans à le fabriquer ; il fut placé sur le port de Rhodes et les vaisseaux passaient à pleines voiles entre ses jambes : 46 ans après avoir été fait il fut renversé par un tremblement de terre ; on chargea 900chameaux du cuivre dont il était fait. Peu de personnes pouvaient embrasser son pouce) et à Athènes d’où il revint dans sa patrie pour épouser Terentia, sœur d’une vestale, qui devint mère de sa fille Tullia. A cette époque Cicéron commença à courir la carrière des emplois ; il obtint la questure et reçut le gouvernement de la Lilybée, province de Sicile. C’est après avoir exercé cette magistrature, avec un désintéressement fort rare alors, que Cicéron traduisit en justice, au nom de ses habitants de la Sicile, le fameux Verrès qui avait été préteur dans cette ile et qui y avait commis mille exactions. Il eut à combattre, dans ce procès, Hortentius, qui avait été désigné comme consul l’année suivante, et toute la noblesse qui en protégeant Verrès et en cherchant à justifier ses excès, défendait sa propre cause. Le Sénat fut entrainé par l’éloquence de Cicéron qui avait en sa faveur l’opinion populaire et la justice, et Verrès fut obligé de s’exiler.
Cicéron devint prêteur à son tour, les centuries lui accordèrent la préture de la ville. Ce fut durant l’exercice de cette charge qui soutint au détriment de la république et de l‘intérêt du Sénat, la fameuse Rogation de Manilius, qui accordait à Pompée, pour terminer la guerre de Mithidate, des pouvoirs plus étendus que ne le permettait les libertés publiques.
Cicéron continua à demeurer à Rome après l’expiration de la préture, et parvint enfin au consulat l’année même où la loi lui permettait de briguer cet honneur. Il eut pour concurrent le fameux Catilina, homme de mœurs dépravés, perdu de dettes, mais plein de ténacité et d’audace, et qui forma avec quelques méchants le projet de renverser le gouvernement. L’époque de cette conspiration est la plus glorieuse de la longue vie de Cicéron, qui étouffa les complots ses conjurés, fut proclamé père de la patrie, et à qui cet événement inspira le plus beau de ses morceaux oratoires.
Les honneurs extraordinaires que l’on rendit à Cicéron, l’influence immense qu’il avait acquise, excitèrent la jalousie, et la démarche qu’il fit en se déclarant publiquement contre le jeune P. Clodius, accusé de sacrilège, servit la haine de ses ennemis ; car Clodius, parvenu au tribunal, fit passer une loi qui condamnait à mort tout homme convaincu d’avoir fait périr un citoyen Romain sans le jugement du tribunal. Cette loi atteignit Cicéron, qui, sur le seul ordre du Sénat avait fait mettre à mort les complices de Catilina. Ce grand citoyen accablé de cette ingratitude perdit le courage et la fermeté qu’il avait déployée pour sauver la patrie et s’exila volontairement. Pendant son absence, Clodius et ses amis firent rendre une nouvelle li qui l’exilait à 400 milles de Rome et confisquait ses biens; La villa fut pillée, sa maison de Rome démolie, et la place où elle était située consacrée à la déesse de la liberté.
Cependant Cicéron s’était rendu à Thessalonique et se préparait à gagner Cyzique, Il fixa dès lors son séjour à Dyrrachium, d’où il fut rappelé l’année suivante par l’influence de Pompée. Le retour de Cicéron fut un véritable triomphe, il témoigna quelques jours après sa reconnaissance à Pompée, auquel il devait ce retour de fortune, en faisant passer un «  senatus-consulte » qui lui accordait la direction des approvisionnements de l’Italie et des pouvoirs sur tout l’empire.
Cicéron, rendu à sa patrie, se voua aux travaux du barreau, et prononça plusieurs des oraisons parmi lesquelles on distingue celle qu’il composa en faveur d’Annius Milon meurtrier de ce Claudius qui l’avait fait exiler. Ce procès fut un des événements les plus importants du 3ème consulat de Pompée, qui prit parti contre Milon, ainsi qu’un grand nombre d’hommes turbulents. Cicéron eut peine à prononcer son discours au milieu des citoyens armés qui couvraient le forum et semblaient prêts à l’arracher de la tribune. Intimidé par cet appareil menaçant, il sut combattre à la lutte, et ne put sauver son client de l’exil. Le discours que nous possédons n’est pas tel qu’il le prononça dans cette circonstance. C’est un ouvrage qu’il a composé depuis dans le silence du cabinet, bien loin du tumulte qui avait paralysé son éloquence.
Une loi rendue par le Sénat força Cicéron d’abandonner le forum et de se rendre en qualité de proconsul dans la province de Silicie. Il combattit contre les Parthes et reçut le titre d’imperator. Les victoires lui donnèrent un nouvel éclat, les partisans de César et de Pompée se disputèrent les suffrages de cet homme si important dans la république. Cicéron chercha à se ménager les deux partis, et sa conduite vacillante le rendit également suspect aux uns et aux autres. Il penchait en secret pour Pompée, et, se voyant obligé de se déclarer, il prit le parti de se rendre à son camp de Dyrachium ; mais les irrésolutions l’emportèrent encore sous la tente de Pompée, et il feignit une maladie pour se dispenser d’assister à la bataille de Pharsale. A la nouvelle de l’issue fâcheuse de cette journée, Caton qui commandait les quinze cohortes avec lesquelles Cicéron était demeuré à Dyrachium lui en offrit le commandement. Cicéron refusa et conseilla même de chercher un accommodement, proposition qui fut reçue avec indignation et le força de se retirer. César lui envoya un sauf-conduit pour revenir à Rome. Il y demeura jusqu’à la mort du dictateur sans influence dans les affaires, et affectant d’y demeurer étranger ç l’administration. Il ne rompit qu’une fois le silence auquel il s’était condamné : ce fut lorsque César se rendant aux prières du Sénat fit grâce à Claudius Marcellus. Cicéron joignit sa voix à celle des sénateurs et improvisa ce discours qu’il a retouché depuis, et qui a toujours été regardé comme un modèle d’éloquence. Marcellus enveloppa Cicéron dans sa haine contre le dictateur, et cet ingrat républicain ne remercia l’orateur de sa démarche que par une lettre froide et hautaine que l’on retrouve dans le recueil des épitres de Cicéron.
C’est vers cette époque qu’il perdit sa fille Tulllie, perte qui le plongea dans la plus affreuse douleur. Pour en perpétuer le souvenir, il composa un traité de la consolation. C’est alors aussi qu’il publia les Tusculanes, son traité des lois, qu’il acheva son livre d’Hortensius, ses académiques en 4 livres, et qu’il composa un éloge funèbre de Brua, sœur de Caton.
Quoiqu’il fut intime ami de Brutus, il n’eut aucune part à la conspiration. Les conjurés la lui tinrent secrète. Cicéron se réjouit de la mort du dictateur, et cette joie fait peine quand on songe aux éloges pleins d’enthousiasme et de tendresse qu’il prodiguait à César dans sa défense du roi Déjotarus. Durant cette année d’inquiétudes et d’alarmes qui suivit ce grand événement, Cicéron composa son traité de la nature des dieux dédié à Brutus, et ses traités de la vieillesse et de l’amitié, tous deux dédiés à son cher Atticus. Enfin il commençait à cette époque son traité des devoirs et achevait son traité de la gloire, perdu pour nous après avoir été conservé jusqu’au 14ème siècle.
Outre les différents discours dont je viens de parler, Cicéron en fit un grand nombre d’autres dans différentes circonstances, parmi lesquels on remarque surtout celui pour le poète Archias, celui pour Ligarius, et les discours politiques qu’il prononça après la mort de Jules César contre Marc Antoine, et auxquels il donna e nom de Philippiques. Il réconcilia l’ennemi du citoyen et crut devoir élever contre lui le jeune Octave. Cette politique fut fatale à sa patrie et à lui-même. Octave uni avec Lépide et avec Antoine, renouvela les proscriptions de Marius et de Sylla. On remarque encore les Verrines, la 2ème et le 11ème se font remarquer par la force de pensés et d’expressions de Démosthène lui-même : ce sont les dernières harangues que prononçât Cicéron ne s’attachât particulièrement à aucune secte ce grand orateur ; Antoine s’en vengera par la mort.
Cicéron ne s’attacha particulièrement à aucune secte. Il se créa un système de morale, mélange de celle de Platon et de l’ancienne académie, de celle de Zénon, de Plutarque, et de celle d’Aristote. Quand à l’épicurisme Cicéron le méprisé toujours. Il soutint que rien n’est plus fatal à la vertu que la doctrine de l’égoïsme.
Les ouvrages philosophiques de Cicéron sous le rapport du mérite peuvent se diviser en trois classes. Le premier renferme le traité des devoirs, celui de la divination, l’ouvrage sur le souverain bien, et les traités de la république et des lois. Cicéron s’y met lui-même en scène excepté dans la république.
La deuxième classe renferme les ouvrages où divers interlocuteurs sont chargés d’exposer les spéculations des écoles. Telles sont les questions académiques, le traité de la nature des dieux, le fragment des destins, le 1er et le 9ème livre des Tusculanes, tous ouvrages intéressants pour l’historien et la philosophie.
La 3ème classe renferme le reste des Tusculanes, les Paradoxes, et les traités sur la vieillesse et l’amitié.





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